Basil, tu l’auras !

ou un jeu de mots nul sur Aura Basilica

 

Tu sais sûrement que je suis friande d’expériences immersives et autres sons et lumières qui visent à te hérisser les poils de pieds (parce que oui, arrêtons ce tabou, tout le monde à des poils de pieds façon hobbit mignon) en t’en mettant plein les mirettes. Le genre d’expérience qui te fait remplir tes poumons d’un coup à 100% en te disant que oui, peut-être qu’après tout l’humain produit parfois des choses qui dépassent le gris habituel (on dit le beige, ici, si tu veux tout savoir). Mais restons sur le hérissement des poils de pieds, je sens que ça te parle. Un hérissement façon solo de Maria Callas ou regard de Tilda Swinton. Un frémissement de ton être comme quand tu aperçois un petit bourgeon magnifiquement fragile mais désespérément obstiné entre deux pavés de béton. Bref, un truc bandant.

Mais enfin, ne dis pas ça devant les parents enfants !

AURA est un spectacle « son et lumière » qui se déroule tous les soirs (sauf le dimanche, Amen) dans la Basilique Notre-Dame de Montréal. Mais si, tu sais, c’est là où s’est mariée Céliiiiine ! Pour la modique somme de 23$ TTC, vous pourrez blasphémer tous les soirs et avec créativité dans la maison du Seigneur, en compagnie de 700 autres touristes asiatiques très stressés de ne pas pouvoir tout photographier.

La première partie du spectacle consiste à faire le tour, de la nef au transept (avoue, tu n’as pas entendu ces termes depuis les schémas d’églises au début du collège, n’est-ce pas ?), des différents autels de la Basilique. Presque tous sont subtilement animés par de petites projections, lumières et autres magies contemporaines. Comme tu pourras le constater par l’attroupement des gens, un autel est mieux réalisé que les autres (juste à gauche du choeur). Mais, bien qu’amusant, tout cela reste très modeste. Pas de quoi fouetter un pêcheur, autrement dit. Sors ton crucifix, il est l’heure de passer à la deuxième étape.

Contrairement à la première partie, celle-ci interdit la prise de photo ou de vidéo. Et honnêtement : on s’en calice, c’est un spectacle qui demande toute ton attention ! Après une annonce de niveau hôtesse de l’air chevronnée, les 700 spectateurs sont invités à s’assoir sur les bancs de la nef, et c’est parti pour une bonne demi-heure d’émerveillement.

Tout commence par une bonne dose de malaisance comme on les aime : une première longue minute de musique très religieuse, avec des animations tournant principalement autour de la statue centrale de Jésus et de toute sa smala. Des animations de type « illumination-chaussé-aux-moines-touchés-par-la-grâce » s’enchaînent sur de grandes vocalises de chorale. Et tu te demandes rapidement si, oh, mince, fuck, tu ne serais pas, après tout, dans un édifice religieux et que, son et lumière ou non, ça reste religieux. Tu te prépares donc à endurer les sermons visuels encensant des apôtres que tu ne connais ni d’Eve ni d’Adam (humour, quand tu nous tiens !). Mais heureusement, c’est là que la musique devient épique. De l’orgue du Père Ratouille, on passe au niveau Hans Zimmer. Et visuellement, on décolle. Figuratif, abstrait, en haut, sur les côtés. Y’en a partout ! Le doute sur le contenu religieux est loin : le spectateur est à la merci des projections dynamiques, des jeux d’ombre et de lumière, des reflets et autres lumières noires habilement utilisées dans tout le décor, sans que les « trucs » ne soient jamais révélés (bon, sauf si tu te retournes, mais fépachié).

MomentFactory, le studio de divertissement qui a créé ce spectacle, a réussi le pari de faire venir tout le monde (y compris les jeunes) « à l’Eglise ». Un projet risqué mais brillamment réussi, à la croisée entre défi sociologique et stratégie évènementielle. Et d’un point de vue scénographique, c’est une vraie claque. J’ai eu la chance de parcourir le sujet lors de ma dernière année à l’EESAB, et nondidiou que c’est compliqué de réaliser un son et lumière modeste… alors ça ! Le moindre creux des statues, la moindre peinture murale ont été pensé et optimisé pour intégrer parfaitement les projections aux surfaces. Sans parler de la synchronisation parfaite entre son et image, qui me donne envie de m’arracher les cheveux en m’imaginant dans la tête du scénographe au jour 1.

Et l’histoire dans tout ça ? Car oui, il y a une scénarisation évidente dans AURA, bien qu’elle ne soit jamais forcée pour le spectateur : tu peux voir des liens et des significations entre les différentes projections, mais libre à toi de tout simplement admirer la bouche ouverte. Mais sache une chose : tu ne t’attends pas au dernier tiers. Non non. Et la toute fin t’arrachera sûrement un « wadafuk am i on drugs bro« .

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La vidéo de présentation d’AURA montre avec perfection l’atmosphère du spectacle mais… c’est un énorme spoiler que je suis ravie de ne pas avoir regardé avant d’y assister. Je te déconseille donc de cliquer dessus si tu comptes voir AURA un jour, pour ne pas te gâcher l’effet WOW. Si tu estimes que tu ne verras pas le spectacle, alors c’est un bon compromis pour mieux comprendre ce dont je parle ! A toi de voir, copain.

NB : toutes les images de cet article sont la propriété de Moment Factory, le studio de divertissement multimédia qui a réalisé AURA. Je vous invite à découvrir tous leurs autres projets… c’est à tomber par terre.

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Avatar de PEYRO France PEYRO France dit :

    MAGNIFIQUE

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